L'homme célibataire entre 25 et 45 ans peut cacher derrière un pseudo comme Bogoss92, une véritable âme de poète. Voilà ce que m'a permis de découvrir ma semaine passée sur le site de rencontres Badoo. Une semaine juste pour voir.
Entre de quelconques "salut je peu te recontre" (sic) et autres "tu tapel commen" (re-sic), j'aurais eu droit à une déclaration pour le moins inattendue (puisque je n'ai parlé à aucun de ces charmants messieurs et qu'elle m'a été envoyée sans raison apparente, comme à 154 autres demoiselles j'imagine) dont je vous fais part sans attendre :

"[...] garde toujours ton beau visage serein. et ne change rien que l'avenir te soit radieux.il n'y a pas plus beau et plus plaisant que d’admirer et de sentir une belle rose de printemps... mais comme toi t'es encore plus merveilleuse que cela alors... je te fais mes tendres bisous sur tes douces joues roses ma belle perle d'émeraude" (sic)

En lisant ce passage chargé d'intensité et d'émotion, j'ai eu immédiatement envie de l'étudier pour n'en louper aucune miette. Outre la beauté flagrante de cet extrait, quel(s) message(s) l'auteur veut-il donc nous faire passer ?
Si vous le voulez bien, étudions ensemble cette tirade (cool, ça va me rappeler les commentaires composés que je me régalais à faire pour Mme Petitjean en Première !)

> "garde toujours ton beau visage serein" : l'auteur tâche d'entrée de jeu de prendre part à la vie de l'interlocutrice comme le montre l'emploi de l'impératif, avec lequel il se permet de donner ordre à la jeune femme de ne pas se greffer de verrues sur le nez, de ne pas se lacérer le visage avec son rasoir Gillette 5 lames, bref, de ne pas s'enlaidir.
Par ailleurs, le choix de l'adjectif "serein", qui n'a réellement d'utilité ici, est je pense motivé par le désir de l'auteur de la plonger dès la première phrase dans une atmosphère de paix et de bien-être. Il veut qu'elle se sente bien avec lui, il n'est pas là pour l'agresser ni la brusquer malgré l'ordre asséné ("Ouaich madame, ch't'agresse pas là ! Ohé ? Tu m'réponds quand ch'te parle ouaich ?!")

> "et ne change rien" : légèrement redondant. En effet, si la première phrase conseille à la jeune femme de garder son beau visage et que l'on considère le fait que l'auteur ne connait d'elle que ce fameux (beau ?) visage, ces quatre mots n'apportent rien de nouveau. Il tient sûrement à ce que le message du départ soit bien entendu, une forme d'insistance ("T'y es charmante ch'te dis... t'as du p'tit Gervais dans les oreilles ou quoi ?!")
De plus, ces quatre mots viennent intensifier la phrase précédente grâce à un habile jeu d'oppositions : le "rien" contre le "toujours", la négation contre l'affirmation. Une façon pour lui de montrer à la jeune femme la complexité de son être, il est tout et son contraire, il sait que les femmes adorent ça, cet homme est sans conteste un redoutable séducteur.

> "que l'avenir te soit radieux" : l'auteur se risque ici à employer le subjonctif (avec succès, chapeau !). Nous remarquerons qu'ainsi, il passe sans transition d'un style injonctif à un style plus solennel. C'est presque une prière qu'il adresse à son interlocutrice. Il n'hésite pas à employer des mots forts pour la convaincre de sa sincérité, voilà pourquoi il choisit le mot "radieux". On entre peu à peu dans une certaine démesure car cet homme est sans nul doute un grand passionné ("Ouais t'sais, ch'uis un ouf !").

> "il n'y a pas plus beau et plus plaisant que d'admirer et de sentir une belle rose de printemps" : en toute cohérence avec la phrase précédente, l'auteur continue dans cette voie de démesure, de passion, ainsi que nous le prouve l'emploi des superlatifs "plus beau" et "plus plaisant". Parallèlement, on retrouve des mots empruntés au champ lexical des fleurs - "rose" et "printemps" mais aussi "sentir" - qui contribuent au maintien du climat paisible qu'il a instauré dès le départ ("Mais ch'te dis qu' ch't'agresse pas... tsss elle comprend rien s'te vieille bouffonne !")
Il est également probable que cette phrase sans lien avec les précédentes soit une métaphore... sa belle interlocutrice et la belle rose de printemps ne ferait-elle qu'un(e) à ses yeux ?

> "mais comme toi t'es encore plus merveilleuse que cela alors..." : apparemment, ce n'était pas sa belle que l'auteur comparait plus haut à la rose de printemps mais plutôt le reste des femmes. Son interlocutrice étant "encore plus merveilleuse que cela" (waouh !). Nous noterons à nouveau le superlatif ainsi que le mot "merveilleux", toujours dans le registre de la démesure et de la passion.
Par ailleurs, nous constaterons que l'auteur tâche de se rapprocher de la jeune femme en empruntant au langage courant la contraction "t'es". Peut-être se sentait-il trop distant dans le début de sa déclaration ? Peut-être tente-t-il de lui faire comprendre que, malgré ce qu'elle peut imaginer, malgré le piédestal sur lequel elle l'a placé, il est à sa portée ?
Enfin, en ne finissant pas sa phrase, l'auteur donne une dimension intensément profonde à son texte. "Alors..." mais alors quoi ? Il laisse la jeune femme sur sa faim... bouche bée, elle reste suspendue à sa plume. Il devient véritablement le maître de ce jeu de séduction ('l'est vraiment trop fort !).

> "je te fais mes tendres bisous" : l'auteur n'est plus dans la démesure, finie la phase offensive, la partie étant presque gagnée, c'est sûr. Il peut donc passer désormais au registre de la tendresse et de la complicité avec des mots comme "tendres" et "bisous".
En outre, il met l'accent sur le fait qu'il donne de sa personne, il prouve sa générosité et sa dévotion envers la jeune femme, et il lui fait ses tendres bisous (et pas ceux d'un autre, quelle belle attention).

> "sur tes douces joues roses" : toujours le registre de la tendresse "douces", "joues", "roses"... des termes qui renvoient à l'enfance. L'auteur, par ce choix de mots, montre à son interlocutrice qu'elle est à ses yeux innocente et pure comme l'enfant, et qu'il peut lui offrir toute la douceur dont elle a besoin en tant que telle. Implicitement, une nouvelle preuve d'entière dévotion (décidément, quel homme !).
Ou bien, on peut imaginer que "douces", "joues" et "roses" renvoient en réalité au petit cochon de lait. Dans ce cas, l'auteur est bourré d'humour (ou bourré tout court)

> "ma belle perle d'émeraude" : l'auteur finit sur un non-sens. En effet, bien que mes connaissances en gemmologie soient minimes, il semblerait qu'une émeraude soit une pierre. Or, une pierre et une perle n'ont rien en commun. Une perle ne peut pas être issue d'une pierre. L'auteur souhaite probablement expliquer à la jeune femme, par l'intermédiaire de ce non-sens, qu'elle est pour lui si précieuse qu'elle à la fois perle et pierre ("Bah ouais, c'est ça qu'j'ai voulu dire... c'est bon, joue pas sur les mots vieille meuf !")
Notons pour finir que dans cette dernière phrase, l'interlocutrice, sans nul doute conquise après telle prose (et comment pourrait-il en être autrement ?), devient sienne : "ma belle perle d'émeraude".

Mouais... Ben vous savez quoi ? Moi, les belles déclarations, ça m'creuse ! Comment ça j'ai pas de coeur ? Tsss, bien sur que si. Si j'avais pas de coeur, vous croyez vraiment que j'aurais sacrifié mes précieuses pralines roses ramenées de La Baule pour accompagner comme il se doit cette délicieuse déclaration ? Allons bon !

tarte_praline2

Mini tartelettes aux pralines roses pleines de poésie
Pour 24 bouchées

Préparer la pâte comme l'explique Véronica, la laisser reposer 1 heure au frigo. Détailler des petites boules de pâte de la taille d'une grosse noisette et tasser chaque morceau de pâte au fond des empreintes d'un moule à mini-muffins ou à mini-tartelettes ou à mini-ce-que-vous-voulez. Piquer la pâte avec une fourchette et enfourner 10 à 15 minutes à 180°C.
Laisser refroidir quelques minutes puis démouler sur grille.

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Pendant que les fonds de mini-tartelettes refroidissent complètement, concasser les pralines roses au robot.
Dans une casserole, mettre la crème à bouillir. A ébullition, ajouter les pralines et tout en fouettant, porter à frémissement. A ce moment, baisser le feu, et prolonger la cuisson de 5 bonnes minutes, toujours en fouettant.
A l'aide d'une cuillère, répartir la crème de pralines sur les fonds de tartelettes et entreposer au frigo 2 heures avant de servir.

Et encore merci à toi Bogoss92 !